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Uploadé le 2, février 2016 | by LIDER News

Université de Cocody: Le parcours du combattant de l’étudiant dans un environnement stalinien

Evariste Kouadio | LIDER News | 02 février 2016


Ce qui frappe le visiteur qui arrive à l’université de Cocody, c’est la présence des forces de l’ordre sur le campus. Par groupe de douze agents au moins, ils sont stationnés à trois endroits précis : un cargo de la brigade anti-émeute à proximité de l’amphithéâtre de criminologie ; une deuxième escouade sous les arbres entre l’Ufr de littérature et civilisations et l’Ecole normale supérieure ; un troisième groupe, plus excentré, à la lisière de l’Ufr de droit et du centre floristique qui jouxte l’université. En sus, des policiers sont postés aux entrées de l’université et deux agents, flanqués de leurs armes, sont positionnés à l’entrée principale de la scolarité.

Mais que font les policiers de la République sur le campus universitaire de Cocody ? Quels sont les problèmes qui se posent actuellement dans cet établissement d’enseignement supérieur qui nécessitent la présence des forces de l’ordre ?

Cette présence massive d’hommes en armes, selon les étudiants que nous avons rencontrés, est «la conséquence des événements regrettables des 18 et 19 novembre derniers. L’université Félix Houphouet-Boigny de Cocody a été le théâtre de violents affrontements entre syndicats estudiantins rivaux, faisant plusieurs blessés graves et causant la mort d’un étudiant en master de la faculté des sciences économiques, Wilfried Konin, décédé des suites de ses blessures au Chu de Cocody. A cela s’ajoute l’incendie de la scolarité le 5 décembre 2015.»

Un trou de 45 millions de fcfa

Pour les étudiants interrogés, cependant, la préoccupation la plus urgente actuellement sur le campus de l’université de Cocody est «l’affaire des inscriptions frauduleuses

En effet, «depuis novembre 2014, l’ex-présidente de l’université Ramata Ly-Bakayoko, devenue aujourd’hui ministre, a fait instaurer deux méthodes d’inscription en raison des effectifs élevés d’étudiants : Certains pouvaient s’inscrire par voie électronique, via OrangeMoney, et d’autres directement au guichet de la scolarité».

«Beaucoup d’étudiants qui ont choisi le paiement par OrangeMoney s’entendent dire aujourd’hui que leurs noms ne figurent pas dans les documents officiels de l’université, alors qu’ils ont bel et bien suivi les différentes étapes de l’inscription», précise T.V. 24 ans, étudiant en licence 2 de sciences économiques et gestion. «Tout se passe comme s’il y a une véritable mafia dans les services informatiques de la scolarité. Et pourtant l’université est une institution sérieuse qui peut se donner des informaticiens crédibles. En définitive, c’est l’incapacité même des dirigeants de notre université qui est en cause», ajoute-t-il.

Le processus de l’inscription électronique avec OrangeMoney est pourtant limpide, en théorie : l’étudiant paie son inscription par voie électronique et bénéficie d’un reçu de paiement délivré par l’entreprise de téléphonie mobile. Puis, à l’aide de ce document, il se rend à la scolarité pour se faire délivrer une fiche dite de paiement qui fait office de reçu définitif attestant que l’étudiant a validé entièrement son inscription et qu’il peut suivre les enseignements dispensés. C’est cette même fiche de paiement qui est délivrée aux étudiants qui choisissent la méthode traditionnelle d’inscription au guichet de la scolarité. Il en découle que tout étudiant dépositaire de ce précieux document est sensé avoir rempli toutes les formalités d’inscription. La fiche de paiement, triplement estampillée du logo officiel de l’université de Cococdy, comporte en outre, au recto, plusieurs autres indications qui sont supposées la rendre infalsifiable : un numéro d’identification, le numéro de la carte d’étudiant, le nom de l’étudiant, son année académique, sa nationalité, mais aussi et surtout le nom de l’agent comptable de la scolarité qui a validé l’opération, la date de validation, la signature de l’agent comptable, l’instant de la validation décliné en heure, minute et seconde. Le verso est estampillé du cachet de l’Ufr de l’étudiant, la mention manuscrite «Lmd», la date et la signature d’un responsable de la filière de l’étudiant.

Comment donc expliquer les quarante-cinq millions de francs cfa (45 000 000 fcfa) manquants, aujourd’hui déplorés par l’institution, sans qu’on ne sache qui en est responsable.

Les étudiants interrogés racontent : «En septembre 2015, une table ronde a réuni les principaux syndicats étudiants (Fesci et Ageeci) et la présidence de l’université. A cette rencontre, la présidente Ramata Ly-Bakayoko avait clairement indiqué que personne ne serait exclu, reconnaissant implicitement que le déficit de plus de 45 000 000 fcfa incombe aux services de la scolarité qui ont validé les inscriptions pour lesquelles les étudiants disposent de fiches qui l’attestent». Les syndicats étudiants ne disent pas autre chose. Pour eux, pas de doute: s’il y a un manque à gagner, il incombe aux agents de la scolarité, y compris le service de la comptabilité, qui ont mal fait leur travail.

Violation de la liberté d’association prévue dans la Constitution

Peu de temps après, le Conseil de l’université, réuni le 23 novembre 2015, prend prétexte des violences entre syndicats rivaux d’étudiants et décide qu’«à titre préventif, pour la sécurité des personnes et des biens, de démanteler les syndicats d’étudiants sur le territoire de l’université et celui du Crou-A ; de suspendre toutes les activités des syndicats d’étudiants sur les sites de l’université, de demander aux autorités compétentes la dissolution de la Fesci et de l’Ageeci ; de renforcer les effectifs de police présents sur le campus et sur le site du Crou-A et de leur donner un mandat clair et précis pour la réalisation de leur mission de sécurisation».

«Si tant est que la violence entre syndicats d’étudiants doit disparaître du campus, il apparaît donc injustifié et incohérent que les autorités académiques, après avoir dissous les syndicats existants, encouragent la naissance d’un nouveau syndicat, l’association des étudiants de l’université Félix Houphouet-Boigny de Cocody. La présidence de l’université décide que l’Ae-Fhb n’est pas une association privée, mais une association de l’université qui disposera d’un siège et qui aura droit à une partie du budget de l’université. Adieu la liberté syndicale ! C’est une voie ouverte à la stalinisation de l’environnement universitaire», déplore K. A. 27 ans, étudiant en master 1 d’allemand.

Infrastructures insuffisantes

Une autre préoccupation majeure des étudiants qui traduit également le laxisme des autorités de l’université de Cocody est la question du logement. Selon A.D.N, 24 ans, en licence 1 de sciences économiques et de gestion, «le critère d’attribution officiellement connu, c’est que l’étudiant qui valide toutes ses unités de valeur (Uv) a droit à une chambre l’année suivante. Mais là encore, que de circuits parallèles, que de copinage ! D’ailleurs, il n’y a de logements que sur le campus, alors que des sommes faramineuses ont été englouties dans la réhabilitation de Mermoz, de la cité Rouge, etc., mais elles ne sont toujours pas fonctionnelles.»

Autre difficulté à laquelle sont confrontés les apprenants : l’absence de salles de travaux dirigés (Td). «En sciences économiques, il y a trois grands amphithéâtres de 800, 850 et 1000 places, les amphis G, D et H. Mais les salles de Td devant accueillir 60 étudiants au maximum, manquent cruellement. Pire, certains responsables de l’Ufr des sciences économiques et de gestion préfèrent réserver le peu de salles que nous avons aux filières professionnelles, sous le fallacieux prétexte qu’elles payent pour obtenir des enseignements de qualité», ajoute une étudiante qui a requis l’anonymat.

Pour les étudiants K.A. 27 ans et A.H., 26 ans, tous deux en master 1 d’allemand, l’Ufr langues, littératures et civilisations compte «7 salles de Td pour les départements d’allemand, d’anglais, de linguistique, d’espagnol et de lettres modernes, toutes les années confondues. Nous en sommes au point où les licence 1, licence 2, licence 3 et les master 1 allemand ont une seule salle de travaux dirigés. Tout le département d’anglais, 3 salles ;  les lettres modernes, 3 salles ; le département d’espagnol, lui, n’a pas de salle de Td. Pour les langues étrangères, inutile de parler de structures pour le e- learning ou encore les laboratoires de diction».

Un autre obstacle de taille est l’absence de connexion internet. «Le wi-fi ne marche pas, alors que les autorités de l’université Fhb ont prévu cela depuis 2012-2013. La connexion internet est indispensable à l’application du système Lmd. Il y a une salle au niveau de la présidence de l’université et une autre en mathématique-informatique. Mais, c’est largement insuffisant. D’ailleurs, on n’a plus accès à la salle de la présidence, on en chasse les étudiants. Autant dire qu’on ne peut pas se connecter, alors que tout le monde sait qu’il n’y a pas de bibliothèque ici. C’est vraiment difficile !» protestent les deux étudiants d’allemand.

L’engagement de LIDER

Au sortir de notre enquête sur le terrain, le constat est choquant. Les autorités universitaires et gouvernementales, plutôt que d’investir dans le capital humain, privilégient la répression et l’arbitraire, tout en maintenant les étudiants dans une précarité et des conditions d’études médiocres.

Quelle est l’employabilité des étudiants sortis de l’université Félix Houphouët-Boigny, quelle est leur capacité à être compétitifs et à travailler efficacement dans des entreprises modernes et multiculturelles, à faire des présentations, à gérer des personnes et des projets ?

A LIDER, nous sommes intimement convaincus que si l’on veut donner des perspectives à notre jeunesse, si l’on veut combler l’immense écart entre les pays émergents et la Côte d’Ivoire, il faut impérativement investir prioritairement dans l’enseignement, la santé et la justice, car le développement d’un pays dépend de son capital humain, de la qualité des femmes et des hommes qui constituent sa population.

C’est pourquoi nous ne nous promettons pas de construire de nouvelles universités par dizaines, comme d’autres l’ont fait auparavant, mais nous nous engageons à réhabiliter les infrastructures existantes et à les doter de laboratoires, de bibliothèques, d’installations sportives, médicales et d’apprentissage modernes, de syndicats, de clubs et d’associations d’étudiants exemplaires, et de programmes et personnels d’enseignement et d’encadrement de qualité.

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