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Le mot du président

Uploadé le 12, mars 2015 | by LIDER News

A Treichville, les policiers ont tranquillement assassiné Doulaye Koné… et rien ne leur arrive

Pr. Mamadou Koulibaly | LIDER | 12 mars 2015


Des policiers de la compagnie républicaine de sécurité (Crs), venus pour évacuer des locataires, leurs familles et leurs affaires à la demande d’une dame propriétaire d’une cour commune à l’avenue 5 rue 17 de Treichville, ont battu à mort le vieux Koné. Koné a été enterré et, à Treichville, c’est le choc. Les uns demandent que l’histoire ne soit pas ébruitée pour ne pas mettre à mal un régime qu’ils soutiennent et qui peut donc les tuer impunément, les autres étouffent entre la peur de parler et le désir de crier leur ras-le-bol.

Tout commence dans la matinée du mercredi 4 mars 2015, quand des dizaines de policiers de la Crs débarquent dans cette cour commune où vivent plusieurs familles depuis de longues années. Sans exploit d’huissier ni ordonnance de juge, les forces de l’ordre, à coups de matraque et de gaz lacrymogène, font arrêter toute activité dans la cour. Ceux qui n’avaient pas encore pris leur petit-déjeuner ne le prendront plus. Ceux qui commençaient la cuisine du repas de midi arrêtent tout. Les affaires, valises, matelas, lits et tables sont jetés dans la cour, puis dans la rue.

Les voisins sortent et les passants s’arrêtent pour observer cette descente musclée des policiers. Certains jeunes du quartier, devant la bastonnade dont sont l’objet les locataires, s’agglutinent et commencent à grogner leur ras-le-bol, mais ils sont à leur tour dispersés à coups de matraque et de gaz lacrymogène.  D’autres, comme le jeune Koné, décident d’aller aider leur ami pour ramasser et mettre en ordre ses affaires jetées n’importe comment. Mais les policiers tabassent le jeune Koné, qui est jeté à son tour hors de la cour et battu dans la rue par plusieurs policiers à la fois.

Son père, le vieux Doulaye Koné, qui habite la cour voisine, voyant la violence des coups qui s’abattent sur son fils, se précipite pour secourir sa progéniture. Mais mal lui en a pris. Koné Doulaye est à son tour saisi par plusieurs policiers à la fois. Des coups de pied, des coups de poing, des coups de matraque, des coups sur la tête, des coups dans le ventre comme dans le dos pleuvent sur Doulaye, qui est jeté dans un camion de police avec son fils pour être débarqué dans la cour du commissariat du 2ème arrondissement de Treichville. Même dans le camion de police, la bastonnade ne s’arrête pas contre Doulaye et son fils.

Arrivés au commissariat, ils sont jetés par terre comme des sacs de riz, et les coups continuent de pleuvoir sur eux, accompagnés de propos injurieux. Puis le vieux Doulaye s’écroule, mais les policiers, au lieu de l’aider à se relever, le piétinent et lui donnent encore quelques coups devant son fils et les premiers membres de la famille et du quartier qui arrivent au commissariat. Doulaye reste au sol. C’est alors que le constat est fait que le vieux Koné Doulaye était mort depuis un moment déjà. Les policiers, malgré ce constat, continuent de battre le fils et embarquent le corps du vieux Koné pour la morgue du Chu de Yopougon, alors que celle du Chu de Treichville est à moins d’un kilomètre du commissariat.

Doulaye a été enterré vendredi au cimetière d’Abobo, laissant derrière lui deux femmes et cinq enfants qui vivent dans le silence et le recueillement, convaincus que ce qui leur est arrivé est l’œuvre de Dieu qui donne la vie et qui la reprend, et que tout ce qu’il fait est bon. La chose est prise avec fatalisme et philosophie, semble-t-il.

LIDER relate cette histoire, qui n’est qu’une autre version des drames vécus par Awa Fadiga, Joël Tiemoko etc. et rappelle que les brutalités policières de ce genre ne peuvent pas et ne doivent pas être étouffées. Une enquête régulière  doit être diligentée pour établir les faits et infliger des sanctions exemplaires aux commanditaires et aux coupables de l’assassinat de Koné Doulaye.

Le silence devant le régime d’impunité nous rend tous complices de la progression de la violence dans notre société. Pour paraphraser le célèbre poème du pasteur Martin Niemöller, (1892-1984), retenons ceci :

Quand ils ont tué Awa Fadiga, je n’ai rien dit. Je n’étais ni une femme, ni un Fadiga, ni de Williamsville, où sa famille vivait.

Quand ils ont tué Madiara Ouattara, je n’ai rien dit. Je n’étais ni créancier de l’État, ni un Ouattara, ni un nordiste.

Quand ils ont tué le jeune élève Joël Tiemoko, je n’ai rien dit. Je n’étais ni jeune, ni élève, ni de l’ouest de pays comme lui.

Quand ils ont tué le vieux Koné Doulaye, je n’ai rien dit. Je n’étais ni de Treichville, ni père de cinq enfants.

Puis ils sont venus pour me tuer. Et il ne restait plus personne pour protester et me porter assistance.

Au nom de LIDER et en mon nom propre, j’adresse mes condoléances à la famille Koné et ma compassion et mes encouragements à toutes les populations de Treichville riveraines des lieux d’affrontements.

Pr. Mamadou Koulibaly
Président de LIDER
Liberté et Démocratie pour la République

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