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Uploadé le 19, février 2018 | by LIDER News

Côte d’Ivoire: sos pour nos institutions

Hamed Koffi Zarour | 13 février 2018


Il y a, dans la plupart de nos pays d’Afrique subsaharienne, une pratique pernicieuse qui semble prendre racines. C’est cette tendance qu’ont nos institutions d’accomplir, avec laxisme et très peu de conscience citoyenne, les missions pourtant hautement sensibles qui sont les leurs.

Nous avons encore en mémoire le triste souvenir de l’introduction au parlement, du projet de loi portant régime juridique de la presse et de l’audio-visuel en Côte d’Ivoire. Sur les 255 députés que compte cette institution, seuls 170 étaient présents à l’ouverture de la plénière. Mais à l’heure des débats, il n’y avait en tout et pour tout que seulement 43 parlementaires dans l’enceinte de l’hémicycle. Tous les autres n’étaient venus que pour faire acte de présence, avant de s’éclipser. Rien que 19% des députés étaient présents, pour connaitre d’un texte aussi fondamental que celui devant fixer le cadre de la liberté d’expression, dans un pays qui tente de sortir de plus de 20 années de violences et d’instabilité politique. Quel mépris pour les Ivoiriens !

Le mal est généralisé et s’étend à plusieurs autres domaines. Considérons les cartes nationales d’identité, dont l’Office national d’identification (Oni) est la structure éditrice. Les plaintes contre les lenteurs interminables dans la délivrance de ce document précieux sont légions. Pourtant, fin 2014, le gouvernement annonçait le renforcement des capacités de productions à 100.000 cartes par mois. Mais la réalité sur le terrain est toute autre. Se faire établir une carte d’identité relève d’un éprouvant parcours du combattant. Pire, des investigations journalistiques nous interpellent depuis 2014, sur l’existence d’un vaste réseau de faussaires opérant dans ce domaine. Aucune réaction gouvernementale n’a été observée sur la question à ce jour. Quand on sait l’importance des Cni dans le processus électoral, les raisons de s’inquiéter du travail approximatif de l’Oni se justifient.

A propos même de processus électoral, que de drames n’avons-nous connus, du fait de processus électoraux bâclés, et finalement contestés, presque toujours avec violence ? La commission chargée des élections dans notre pays n’est visible qu’aux veilles des élections. Faisant de la précipitation et du travail approximatif ses alliés naturels. Que fait-elle tout le reste du temps? Dans les périodes «d’entre scrutins» ?

L’article 6 alinéa 3 du Code électoral dispose : «La liste électorale est tenue à jour annuellement par la Commission chargée des élections, pour tenir compte des mutations intervenues dans le corps électoral». Cette disposition qui a pour finalité de garantir la fiabilité de la liste électorale et sa conformité à la réalité, semble n’être dans la pratique qu’une vue de l’esprit. Rien n’est fait comme mise à jour annuelle. Aucun enrôlement, ni opération de vérification sur les listes n’est organisé pendant les périodes intermédiaires. L’on attend toujours que la pression propre aux périodes électorales soit à son comble pour revisiter, dans une suspicion généralisée, une liste qui pourtant végétait pendant les 4 longues années d’accalmie précédant l’élection.

A chaque échéance électorale, les adversaires dénoncent des inscriptions fictives, des doublons, de nombreux cas de personnes décédées encore présentes sur les listes. Les gouvernants et la commission en charge des élections prétextent de l’imminence des élections pour ne rien entreprendre comme mesures correctives. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les violences font partie désormais du décor naturel de nos élections.

Il y a quelques jours, le gouvernement annonçait les élections municipales pour le 1er semestre 2018. Que fait la cei pour mettre à jour la liste électorale ? Extirper les noms qui doivent l’être, et ajouter ceux des nouveaux majeurs et autres personnes non encore inscrites ? Silence radio !

Il nous faut de nouveaux paradigmes institutionnels. Cette mutation passe par un changement effectif de mentalités d’une part, et d’autre part par une implication réelle et véritable des institutions chargées de contrôler les activités institutionnelles. La haute autorité pour la bonne gouvernance par exemple, a juridiquement les moyens de mettre un terme à tous les manquements indexés plus haut. Mais il est malheureux de constater qu’elle-même n’est pas épargnée par les maux décriés. Depuis sa mise sur pied, elle brille par son silence.

Il est temps, pour le bien de notre pays, que chaque institution, dans les missions qui lui sont assignées, jouent avec dévotion et engagement citoyen, sa partition.

Hamed Koffi Zarour est militant LIDER

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