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Uploadé le 24, décembre 2011 | by LIDER News

Interview de Mamadou Koulibaly, Président de LIDER, à Fraternité Matin :

«Je montrerai le chemin à notre peuple pour qu’il se décide à sortir de la logique de la chasse-gardée de la France / Ouattara a peur de la démocratie»

«Je me porte volontaire pour la défense de la souveraineté de notre pays.»

1. Après votre défaite aux législatives, vous aviez évoqué la jeunesse de votre parti. Cela est-il suffisant pour justifier cette défaite ?

Il y a la jeunesse de LIDER, c’est vrai. Mais cela n’est pas suffisant. Nous avons récolté les voix de nos militants et des sympathisants, mais il faut souligner que LIDER a été créé en période de terreur, suite à des épisodes de violences intenses qui ont traumatisé et les vainqueurs et les vaincus et le peuple supposé être l’arbitre du jeu politique. Ces violences post électorales ont rendu aphones les observateurs internationaux, qui semblent ne plus savoir à quels principes se vouer : sont-ils la pour soutenir la démocratie ou bien pour soutenir un homme ?

Créer un parti dans ces conditions était déjà un acte de bravoure, car ce n’était pas une période propice aux grands meetings où vous pouvez haranguer les foules sans conséquences. On voyait encore des personnes assassinées parce qu’elles portaient des tee-shirts à l’effigie de Gbagbo, pourtant emprisonné. Ce n’était même pas une période propice à la pensée ou à une campagne électorale, tout simplement. Les gens vivaient dans la peur de montrer leur différence politique, car cela pouvait entrainer des représailles pour certains. Une bonne partie de la campagne se déroulait la nuit, qui était de tous les dangers. Certains responsables de cellules LIDER ont été battus par des Frci. D’autres se sont attelés à ce que nous ne fassions pas de communication autour des réunions organisées dans leurs zones, tant ils vivaient dans la crainte. La violence a fait taire tout le monde, sauf une poignée de téméraires avec lesquels nous avons travaillé. Avoir 12 candidats dans ce contexte est déjà un pari audacieux pour LIDER. Nous avons réussi ce pari sans un sou, alors que face à nous, les candidats Rdr ou Pdci avaient de gros moyens qui sortaient des caisses de l’Etat, donc de l’impôt des Ivoiriens ou de la dette publique qu’ils auront à rembourser plus tard. Ils avaient des affiches partout dans la ville, des tee-shirts et des gadgets. Nombre d’entre eux ne connaissant même pas le rôle d’un député, pourtant inscrit dans la Constitution, ont promis des routes, des écoles, des ponts et des hôpitaux alors que cela ne relève absolument pas de leur compétence. Et les populations semblent y avoir cru. C’est plus facile d’être élu avec beaucoup d’argent facile et des mensonges démagogiques. Je serai cependant là avec LIDER pour faire le bilan avec les populations déçues, désenchantées, roulées dans la farine par les nouveaux boulangers. LIDER sera là, tous les jours et partout, à toutes les prochaines échéances électorales, quand les Ivoiriens seront fatigués de la politique économique à la matraque et à la kalachnikov. Nos instruments de gestion politique basés sur la liberté ne pourront que les séduire, car partout ailleurs, on voit qu’ils apportent le progrès durable. On sait en Afrique qu’être faible un jour ne condamne pas forcément à l’échec, si bien entendu l’on refuse la société magique, l’idolâtrie et le fatalisme. LIDER n’a pas dit son dernier mot ! Depuis les législatives, nos adhésions repartent bien plus encore à la hausse.

2. Ne regrettez-vous pas après cette défaite d’être parti du Fpi ?

Je serais encore au Fpi que je n’aurais pas participé à ces élections, alors que je suis le Président sortant de l’Assemblée nationale ! La voix du peuple ne se jette pas dans une poubelle de l’histoire, elle s’obtient par les urnes et se rend par les urnes. Non, je ne regrette pas mon choix. A un moment, les cadres de la direction du Fpi sont restés figés dans la souffrance et le traumatisme des évènements. Ils voyaient de la traîtrise dans ma volonté d’avancer alors que nos amis étaient en prison. Je pensais pourtant que notre inertie n’arrangeait ni le parti, ni nos amis en prison, ni les Ivoiriens en général. Leur sentiment de rejet envers mes choix les a amenés à me chasser du parti. Je continue mon combat ailleurs et je reste toujours fidèle à la cause de la liberté et de la dignité de notre peuple et de tous les peuples d’Afrique victimes du même pacte colonial. Je me sens plus utile là où je suis, y compris pour lutter contre l’injustice qui règne dans le pays et dont se sentent d’ailleurs victimes nombres de militants du Fpi qui voient Laurent Gbagbo sous le feu des accusations quand d’autres, responsables de violences graves, se pavanent sur des tapis rouges ou dans des bureaux climatisés. Le pacte colonial que les dirigeants du Fpi avaient renoncé à combattre reste toujours une de mes principales préoccupations, avec l’Etat de droit.

La création de LIDER offre une alternative aux Ivoiriens. En tant qu’élu de la Nation, c’était mon devoir de me battre pour la Démocratie. Cela ne veut pas dire que j’ai rejeté mes ex-camarades du Fpi, qui semblaient à un moment ne plus savoir ce que ce terme signifiait. Eux m’ont rejeté en tant qu’homme et ont rejeté et exclu mes idées. Un jour, ils décideront peut-être de revenir au combat des idées. Vous savez, les idées dépassent les hommes. Elles peuvent les unir comme les désunir. Je suis fier d’avoir osé et de n’avoir pas manqué de respect vis-à-vis de ivoiriens.

3. Ne pensez-vous pas que l’absence de l’opposition à l’Assemblée nationale pourrait constituer un frein au développement de la démocratie ivoirienne ?

Bien sûr que si ! C’est d’ailleurs voulu par Ouattara, qui n’a jamais reconnu l’Assemblée nationale. Il avait peur d’une Assemblée nationale forte. Ouattara a peur de la démocratie. On a vu depuis la mort d’Houphouët comment il a combattu la Constitution de la Côte d’Ivoire. Il ne supporte aucune contestation, aucune opposition, aucun débat démocratique autour de lui, donc d’évidence, en préparant le scrutin du 11 décembre 2011, il a tout organisé pour avoir une majorité absolue des sièges. Vous remarquerez même qu’il s’est organisé pour ne pas avoir besoin du Pdci, puisqu’il a suffisamment de députés Rdr pour faire voter ses lois. Je peux vous dire que je connais de nombreux cadres du Pdci qui sont en train de comprendre le piège dans lequel ils sont entrés. Ils ont compris qu’ils n’ont été que des pions au service de la cause d’un homme avide de pouvoir absolu. Qui n’a pas compris la manœuvre de Ouattara pour conduire le Fpi au blocage ? Il a même organisé brutalement le transfèrement de Gbagbo à la Haye, alors qu’il protège des auteurs de crimes tout aussi punissables autour de lui. Et bien entendu, le Fpi a foncé tête baissée dans le piège qu’il leur a tendu. Ouattara sait que s’il avait eu un groupe parlementaire d’une vraie opposition, ce groupe aurait pu être efficace pour lutter contre la justice des vainqueurs, la vengeance justicière et pour tenter de rétablir la vérité pour que Gbagbo n’assume pas tout seul toutes les responsabilités de violences partagées. Ouattara préfère voir ses opposants au gouvernement parce que ce n’est pas une tribune, c’est un poste qui oblige à se taire. Ouattara aime les objets et a peur des acteurs. Je ne serai pas étonné d’ailleurs qu’il recrute parmi les vaincus des législatives et parmi ceux qui les ont boycottées des gens dans son gouvernement remodelé.

Vous comprenez pourquoi LIDER se bat pour faire avancer l’idée d’un régime parlementaire. Si la constitution oblige le président de la république et son gouvernement à rendre des comptes devant des députés, on ne se retrouvera pas dans ces situations où tout est permis. Le président va devoir respecter des règles précises et agir pour le bien de tous et non plus seulement pour assoir durablement son pouvoir autour d’amis soumis à lui. Les pays d’Afrique qui ont choisi des régimes parlementaires sont mieux gouvernés. Il y a tellement d’avantages à ce régime qu’Audace Institut Afrique, dont je suis le président-fondateur, va publier en début d’année tout un livre sur le sujet. J’espère qu’il pourra inspirer les Ivoiriens et les autres pays d’Afrique.

4. Que pensez-vous de l’absence du Fpi aux législatives ?

Aux dernières élections présidentielles, le Fpi a obtenu officiellement 48% des voix sous le label Lmp. C’est presque la moitié de l’électorat ivoirien. Même si le parti est aujourd’hui affaibli, je suis certain qu’il aurait pu constituer un groupe parlementaire. C’est dommage qu’il n’ait pas saisi cette opportunité, car l’Assemblée nationale aurait pu être un vrai lieu de débat propice à l’intérêt des populations et favorable à la lutte contre l’injustice et l’insécurité. Je crois que cela aurait aidé le processus de réconciliation, car tous les Ivoiriens qui se sentent victimes de la vengeance des vainqueurs vont devoir dorénavant suivre comme des moutons, en gardant béantes les plaies dans leur cœur. Le Fpi aurait pu être leur voix. D’ailleurs, si sous le fallacieux prétexte de l’apaisement, il décide sous peu d’entrer au gouvernement, l’efficacité ne sera pas la même, sauf pour remplir les poches de quelques individus dont le désir de postes ministériels est inassouvi depuis l’ère Gbagbo. L’Assemblée nationale est le porte-voix des populations. Dommage qu’une partie d’entre elles, surtout en Afrique, soit réduite au silence. Ouattara a une gestion du pouvoir rancunière et vindicative. Sa rhétorique ne correspond pas du tout à ses actes ni à l’image qu’il cherche à projeter de lui. Sous le vernis du discours affable du démocrate, se cache un homme agressif. Le Fpi aurait dû le comprendre et éviter les pièges qui lui ont été tendus ça et là.

5. Quelle est votre appréciation sur l’organisation du scrutin du 11 décembre dernier ?

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le scrutin lui-même et sur son organisation. D’abord le redécoupage de la carte électorale a été fait à l’avantage évident du Rhdp. Ceci s’est fait en violation totale du protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance signé à Dakar le 21 décembre 2001, qui veut, en son article 2 sur les élections, qu’«aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans les six (6) mois précédent les élections, sans le consentement d’une large majorité des acteurs politiques.» Autrement dit, Ouattara ne pouvait augmenter le nombre de députés, ni modifier le découpage électoral six mois avant des élections sans avoir demandé l’avis et obtenu l’accord de tous les partis en compétition. Malgré le grand nombre d’observateurs présents, et malgré nos complaintes, ceci a été passé sous silence et aujourd’hui la CEDEAO se réjouit même de la réussite du processus électoral. De plus, on se retrouve aujourd’hui avec un Conseil constitutionnel illégitime, car la procédure de nomination de ses membres n’a pas été respectée. La CEI, quant à elle, malgré les millions qu’elle engloutit dans son fonctionnement, fait preuve d’une légèreté qu’on n’autoriserait pas à un enfant du primaire. Dans le cas de Koumassi, la différence entre le nombre d’électeurs inscrits selon la liste électorale fournie aux candidats par la CEI (139.925) et ceux inscrits sur le procès-verbal issu de la CEI (143.276) est de 3.351 électeurs. On ne sait pas du tout d’où ils viennent, ni pourquoi ils se retrouvent sur cette liste. Si l’élève présente cela à son instituteur, il ne peut s’étonner d’avoir un zéro. Et pourtant la CEI se réjouit du bon déroulement du scrutin ! Je ne parle même pas du scandale du financement discriminatoire et opaque de ces élections sur fonds publics au profit des candidats du camp Ouattara.

En sus de tous ces problèmes dans l’organisation, on ne peut que souligner le manque de sécurité qui écrase toujours le pays sous une chape de méfiance et de peur. Je ne doute pas que certaines personnes soient restées chez elles pour respecter le mot d’ordre de boycott du Fpi, mais osons dire que le vrai problème était la peur de l’électeur, quel que soit son bord politique. Les données statistiques officielles le prouvent. Les Frci sont trop présents dans les rues et leurs armes intimident à juste titre et les partenaires et les adversaires de Ouattara. Vous avez vu la semaine passée la descente armée des troupes de Ouattara au Commissariat Central de police du Plateau, à Abidjan, au cœur du quartier des affaires, pour libérer deux des leurs qui avaient été bouclés pour trafic de drogue ? Cela vous montre qu’Abidjan ressemble au Far West. Des militaires en armes, habillés en civil ou pas, n’ont rien à faire dans les rues un jour de scrutin, quand on connait leur partialité que Ouattara ne cache pas, puisque sur une télévision américaine il a dit que ce sont des rebelles du Nord qui l’ont aidé à prendre le pouvoir. Au moins, on ne peut pas lui reprocher de cacher les choses. Les observateurs sont restés complices et c’est dommage. Ils ont fermé les yeux lorsqu’ils ont vu les Frci influencer des gens pour qu’ils votent Rrd. Ce n’était certes pas dans la brutalité, mais le simple fait de porter une arme est un signe de supériorité qui intimide les populations.

Pour ma part, je savais en me lançant dans cette élection que tout serait faussé. J’y suis quand même allé pour faire exister LIDER et pour entrainer notre électorat et nos militants pour les échéances à venir jusqu’en 2015. Ça été une belle leçon de choses pour nous. J’y suis allé pour dire aux Ivoiriens que face à la naissance de cette tyrannie, LIDER reste un recours. Pendant toute la campagne, j’ai demandé aux populations de sortir voter pour barrer la route à la violence. Je leur ai expliqué que la peur peut contribuer au succès de la tyrannie et qu’une démocratie se construit par le duel permanent entre la violence et les urnes. Je leur disais que dans les démocraties stables, c’est le vote qui, dans la durée, avait fini par avoir la victoire sur la peur et la violence. Je leur ai dit qu’en Afrique, nous démissionnons trop facilement de nos responsabilités pour laisser la victoire à la tyrannie. Ma voix est restée inaudible contre les billets de banques, la méfiance, l’endoctrinement et les kalachnikovs. J’aurais essayé en tout cas.

6. Certains candidats malheureux crient à la fraude. Est-ce le cas pour vous ?

A LIDER, nous savions que ce scrutin serait bancal et avons tenté à notre humble niveau de mettre en garde les acteurs du processus y compris la communauté internationale. Pour nous, tout cela était un baptême de feu. Nous avons vraiment appris. Et j’ai par ailleurs tiré les leçons pour ce qui concerne Koumassi, comme nos autres candidats l’ont fait dans leurs circonscriptions respectives. Mais de là à contester les résultats…il ne faut pas être mauvais perdant. Cela fait déjà trop longtemps que les populations ivoiriennes souffrent de cette longue crise. Il faut en finir à un moment. Je comprends que ces élections n’aient pas été une solution, comme d’ailleurs les précédentes. Mais la tricherie ne fait-elle pas partie du jeu politique des Ivoiriens aujourd’hui ? Et quels recours laisse-t-on à ceux qui veulent contester les résultats, alors que toutes les institutions sont biaisées avec la complicité de tous ?

Le Pdci semble avoir des dossiers prouvant des irrégularités. Je trouve cependant que les gens qui contestent aujourd’hui sont un peu ridicules, car d’évidence, toute l’organisation montrait qu’il y aurait des tricheries ou tout au moins des manipulations. C’est léger de faire comme si on découvre cela aujourd’hui. Ils se rendent simplement compte qu’ils se sont faits avoir par leur allié au gouvernement.

7. Il y a le débat sur le taux de participation. Quelle est votre position ?

Bien qu’il soit communément accepté, même dans les vieilles démocraties dotées d’un régime présidentiel, que les élections législatives ne mobilisent pas les électeurs autant qu’une présidentielle, le faible taux de participation en Côte d’Ivoire est inquiétant. Je m’explique : le faible taux de participation en 2000 avait conduit à des attaques incessantes durant plus de dix ans. Le Fpi était considéré par Ouattara et ses amis comme un pouvoir illégitime, et cet argument a même été utilisé pour justifier une rébellion. L’Assemblée nationale issue de ces élections n’a jamais été considérée par Ouattara comme représentative. Il disait que le régime était exclusionniste. On comprend donc aujourd’hui pourquoi le pouvoir en place tente tellement de cacher le réel taux d’abstention du dernier scrutin comme si c’était un chiffre tabou. Ce taux, techniquement, pouvait être communiqué le soir même du scrutin si la CEI avait vraiment été indépendante. D’ailleurs, à la mi-journée, l’Onuci avait annoncé un chiffre provisoire.

Dans le contexte ivoirien, ce taux de participation est assez honteux pour le régime des «Solutionneurs». Il est certain que cette situation inattendue affaiblit le régime, ternit son image et le décrédibilise. Pour se rassurer et tenter de sauver la face, le régime essaie certes de mettre en avant le nombre de sièges obtenus par le Rdr et présente le Pdci comme son opposition officielle, alors qu’ils sont en partenariat étroit « ton pied, mon pied » depuis plus de cinq ans au sein du Rhdp, mais tout le monde sait que cette élection remportée sans opposant est à l’image du vent de tyrannie qui souffle sur notre pays, soumis depuis maintenant neuf mois au règne d’un hyper-président dont le pouvoir est sans limite et qui ne respecte que les consignes de ceux qui, à Paris, lui dictent ses programmes. Le gouvernement Ouattara pourrait tirer – je le souhaite –, des conclusions de ce désaveu en tentant de mettre en place une politique plus apaisée et plus conforme à la Constitution, en commençant par travailler à instaurer un climat de sécurité pour tous. Mais en est-il seulement capable, lui qui au fil des jours fait la promotion acharnée de ceux qui devraient être devant la justice internationale pour rendre compte de leurs forfaits ? Qui ne connait pas autour de lui une victime de vol durant ces derniers mois ? Qui ne connait pas une victime d’agression, d’intimidation, d’exaction ?

8. Vos anciens camarades du Fpi disent que vous avez récolté ce que vous avez semé. Ils disent aussi que votre popularité vous la devez à ce parti.

(Rires et long soupir). Je suis d’accord avec eux: chacun de nous récolte en ce moment le fruit de ce qu’il a semé. Quant à ma popularité, je ne partage pas leur point de vue. D’abord, mes convictions me préoccupent plus que ma popularité. Je suis un homme de conviction et non un homme d’ambition. Ceux qui parlent de cette popularité ont sûrement oublié qu’avant de me joindre au Fpi, j’étais un opposant actif, même jeune, à Houphouët-Boigny puis à Alassane Dramane Ouattara et à Bédié. Ils ont probablement oublié mes paroles, mais mes écrits, eux, sont archivés et disponibles pour leur information. J’écrivais déjà contre les politiques respectives de ces gouvernants sans appartenir à aucune chapelle politique. J’étais un promoteur indépendant et ami de la liberté des peuples d’Afrique. Si j’avais été un prof discret à l’université, je doute fort que Gbagbo serait venu me chercher dans mon appartement, au dernier étage de la tour Golem, à Cocody. En 1990, j’attaquais déjà Ouattara alors qu’il était Président du Comité interministériel puis Premier ministre. Je désignais à l’époque son programme « le PADO », qui donnera par la suite ADO. Mon combat n’a pas commencé au Fpi et ne s’arrête pas, comme vous le voyez, avec mon éviction de ce parti. J’ai ensuite passé près de vingt années au Fpi, durant lesquelles j’ai pris à la hauteur de ce que j’ai donné. Ni plus ni moins. Avec loyauté à notre idéal du moment, avec honnêteté, avec efficacité et courage. J’ai mouillé mon maillot pour la cause et je ne me fais aucun complexe à ce sujet.

Vous vous imaginez, s’il me prenait l’idée de faire moi aussi ce genre d’arithmétique, de réfléchir aux conseils que j’ai donnés à mes anciens camarades d’améliorer notre gouvernance de refondateurs, de ne pas aller aux élections de 2010 sans désarmement, sans réunification du pays et sans redéploiement de l’administration et que je regardais la situation aujourd’hui, je pourrais leur dire qu’ils sont responsables de ma chute ! Je le refuse, car ce serait un bilan mesquin. Dans l’intérêt des populations, nous devons garder notre énergie pour lutter contre l’autocratie instaurée dans la terreur en Côte d’Ivoire. Moi, je me bats sans repos. Je tire les leçons de mes erreurs et je continue ma route. Elle sera longue et difficile, mais lorsqu’il s’agit de la cause de la Côte d’Ivoire ma passion prend le dessus sur toutes les autres considérations. Je reste prudent, lucide et déterminé. Je ne fais aucune concession sur mes convictions.

9. Sans député à l’Assemblée nationale, comment comptez-vous vous opposer au pouvoir ?

Un élément que l’on néglige souvent en Afrique, où l’on parle tant de démocratie, c’est la société civile. Une société civile forte est pourtant le cœur d’une démocratie. J’ai d’abord agi en tant qu’étudiant sur les bancs de l’université, ensuite en tant que professeur, puis en tant qu’opposant, avant de faire dix ans de mandat électif. Maintenant, je vais à nouveau agir sans mandat, en tant que Président de LIDER et citoyen de Côte d’Ivoire. Je souhaite participer activement à l’éveil des populations et à leur prise de conscience sur leurs droits et leurs devoirs. Je souhaite organiser des plaidoyers en faveur de la liberté pour que les Ivoiriens comprennent que ce n’est pas un mot, mais réellement un moyen de faire reculer la pauvreté. Je vais m’impliquer plus que d’habitude dans la veille démocratique. En 2011, notre pays est le seul d’Afrique noire à avoir un taux de croissance négatif. Je pense que si on explique aux populations ce qui se passe ailleurs, par exemple comment, ces vingt dernières années le revenu des populations de l’Inde est passé de 300 à 1.700 dollars par habitant grâce aux libertés, elles vont comprendre clairement l’intérêt de ce que je répète depuis de longues années. Il ne s’agit pas de la liberté acquise dans les années 90 et manifestée par le multipartisme. Maintenant, je parle de libertés économiques et de libertés individuelles. Ce n’est pas facile de combattre quand on n’a pas la conscience. Je souhaite participer à l’éveil des consciences et convaincre que le programme libéral que LIDER propose est la voie du progrès. Nous avons un travail énorme devant nous, mais l’objectif n’est pas inaccessible. Je continuerai l’implantation du parti partout en Côte d’Ivoire. J’irai dans toutes les villes et dans toutes les zones rurales parler du programme de LIDER et des effets néfastes des politiques que Ouattara est en train d’initier dans notre pays. Je me porte volontaire pour la défense de la souveraineté de notre pays. Je montrerai le chemin de la mondialisation à notre peuple pour qu’il se décide à sortir de la logique de la chasse gardée de la France. Il y a des choses à faire et j’en ai le temps. Je suis patient et déterminé.

C’est d’autant plus important que si nous ne communiquons pas, les Ivoiriens peuvent se tromper de voie. On dit par exemple que l’équipe Ouattara est libérale et que LIDER pense pareil qu’elle. Pourtant, quand on regarde son travail, on voit que non seulement cette équipe n’est pas libérale, mais qu’elle est même totalement antilibérale, cédant des parts entières de l’économie nationale à des monopoles publics ou privés français, sans considération aucune pour la concurrence que la mondialisation nous offre afin de tirer le meilleur parti de nos achats et ventes.

Face à la dégradation du niveau de vie des populations, qui ne voient pas encore les «solutions» du gouvernement, LIDER se présente comme une alternative. Je compte relever ce défi dans les années à venir. L’alternance est possible ! Nous ne sommes pas condamnés à vivre enfermés dans un pacte colonial avec la France qui nous étouffe! Nous voulons nous ouvrir au monde librement. Nous ne voulons plus être écrasés par les prix forts que pratiquent les entreprises des amis de M. Ouattara, qui ont des monopoles protégés. Quand une entreprise est seule sur un marché protégé, elle fixe son prix, la qualité est médiocre et ce sont les Ivoiriens qui subissent et paient. Les jeunes veulent pouvoir créer des entreprises rapidement sans être freinés par des formalités et des coûts insupportables. Les paysans doivent devenir des propriétaires, pour ne plus être esclaves. Ils doivent pouvoir avoir un titre foncier sans galérer pendant dix ans dans les administrations. Les contrats passés dans le pays doivent être protégés par une justice efficace, qui n’est pas aux ordres des gouvernants ou des plus corrupteurs. C’est important pour ne pas faire fuir les investissements qui créent des emplois. Ce sont toutes ces possibilités et ces idées que je souhaite partager avec les équipes de LIDER et avec toutes les populations rurales comme urbaines pour qu’elles se joignent à nous dans ce digne combat. Nous devons redevenir des hommes libres et construire une Nation prospère et indépendante. J’y crois et je l’espère pour mes enfants et pour tous les jeunes de ce pays rassemblé, mais déchiré et blessé au plus profond de lui-même. Telle est ma quête.

10. Que pensez-vous des partis qui reçoivent des financements publics et qui ne participent pourtant pas aux élections?

Le financement des partis politiques défini par l’accord de Marcoussis attribue de manière aléatoire et incompréhensible des fonds à certains partis politiques et pas d’autres. Cet accord n’a d’ailleurs pas apporté la paix à la Côte d’Ivoire sinon la guerre. Avec le recul, on a pu constater que les sommes allouées à ces partis n’ont pas contribué à dynamiser la vie démocratique du pays. Tous les partis confondus ont été inefficaces, par exemple, dans la mobilisation des populations lors de l’enrôlement. L’importance du processus n’a pas été expliquée aux populations. La mission de formation et d’information des militants qui revenait à ces partis n’a pas été remplie. On peut dire que l’argent a été gaspillé.

On peut alors se poser la question : est-ce que nous devons maintenir le financement public ? Je serais tenté de dire non, pourtant, dans le contexte économique dévasté de la Côte d’Ivoire, il me parait difficile pour de nombreux partis d’obtenir facilement des soutiens de donateurs. Sachant que les entreprises participent souvent aux financements, les plus grosses, qui ont obtenu des marchés de gré à gré grâce à Ouattara lui sont redevables, à lui et à ses ministres. Les partis d’opposition sont donc fragilisés sur ce terrain. Dans ce contexte, je serai plutôt pour un financement public de tous les partis politiques ayant un certain nombre d’adhérents – à définir par le législateur et par un consensus de la classe politique –, mais pas un financement comme celui mis en place à Marcoussis. Je suis pour un financement contrôlé. En effet, s’agissant d’argent public, il est essentiel de rendre des comptes sur son utilisation. Ces comptes-rendus financiers doivent même être rendus publics et la Cour des comptes, le Conseil constitutionnel et l’Assemblée nationale doivent exercer un contrôle. Les sommes allouées aux partis politiques permettraient à la démocratie d’exister, puisque sans opposition, la démocratie n’a pas de sens et les populations sont en danger ; elles permettraient également aux partis d’éduquer leurs militants au civisme et à la vie politique en général. La formation fait reculer la violence ? Ces sommes favoriseraient l’apaisement des scrutins, car chaque parti aurait la possibilité d’avoir des représentants et des scrutateurs dans tous les bureaux de vote sur le territoire national, ou dans le cas des élections locales, dans ceux où il a des candidats. Les contestations post scrutin seraient donc moins nombreuses et les électeurs seraient sûrement plus confiants en l’efficacité de leur vote. N’oublions pas que la confiance est le socle de la cohésion sociale.

Interview réalisée par Michel KOFFI pour Fraternité Matin, le 19 décembre 2011



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