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Uploadé le 26, mars 2019 | by LIDER News

L’après cfa a déjà commencé

Iedas | Kiari et Zacharie Liman-Tinguiri [1] | 20 mars 2019


La provocation de deux ministres italiens, l’un du parti populiste «5 étoiles» et l’autre du parti fasciste «ligue du Nord», sur le thème du cfa, instrument français d’appauvrissement de l’Afrique et générateur de migration africaine vers l’Europe, a «fait avancer la cause» se réjouissent tous ceux qui souhaitent une réforme du cfa. II y a eu ensuite le forum de Bamako où, à côté de quelques économistes sérieux et d’hommes politiques respectables, des activistes pas tous très au fait de la portée et surtout des limites de la politique monétaire, se sont livrés à la critique sans envisager l’après cfa en des termes en rapport avec l’économie politique anticipable de la sortie du cfa.

La fronde anti-cfa est très populaire, sans doute parce qu’elle fait écho au désarroi d’une partie de la jeunesse africaine, éduquée ou expatriée (on dit maintenant diaspora), l’autre partie, la plus nombreuse étant trop déboussolée par le chômage massif qu’elle subit et la misère qui s’en suit, pour s’intéresser à «la politique». Une infime minorité de celle-ci, choisit de défier le Sahara, la Méditerranée et la mort pour «passer» en Europe. Tous appartiennent à cette génération qui se sent sacrifiée et qui imagine son avenir comme un cauchemar, à l’âge où tous les rêves sont normalement permis. Mais revenons au cfa.

La «révélation italienne» dont se délectent aussi les théoriciens du complot, est factuellement fausse. La monnaie coloniale n’alimente pas l’immigration africaine vers l’Europe, ni son intensification ces dernières années. La majorité des migrants ne viennent pas de pays utilisant le cfa et sauf à attribuer une extra-territorialité puissante à cette monnaie, il est difficile de lui imputer la migration des Erythréens, des Somaliens (ex colonie italienne), des Soudanais, des Nigérians, des Gambiens ou de ceux qui partent de Kinshasa, de Conakry, de Bujumbura ou d’Accra. II s’agit donc là d’un faux débat.

Mais peut-on soutenir pour autant qu’il n’y a pas de problème cfa ou qu’aucun débat n’est nécessaire sur la question ? La réponse est, à notre avis, clairement négative. L’impopularité de cet arrangement monétaire est en elle-même un problème, dans des pays qui se revendiquent tous et de plus en plus d’un gouvernement démocratique. Mais il y a plus que cela. II existe en effet quelques bonnes raisons de ne plus se satisfaire du statu quo monétaire dans les 14 pays africains de la zone franc (Pazf). Tout le monde convient désormais que cette monnaie commune qu’est le cfa n’a servi ni l’intégration commerciale des pays membres, ni toujours leur croissance économique, et nulle part une diversification satisfaisante de leurs exportations. Le commerce entre les pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africain (Uemoa) représente environ 15% [2] de leur commerce total, celui entre les membres de la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (Cemac) s’est continuellement effondré depuis 2001 pour s’établir à moins de 2% [3] depuis 2015. Ensuite, les banques centrales ont poursuivi des objectifs respectables -dont la lutte contre l’inflation, véritable impôt sur les pauvres, lorsqu’elle atteint certains niveaux- mais qui ne sont pas pour autant bons pour la croissance en toute circonstance. Elles pratiquent des taux de couverture de l’émission par les réserves de change (rapport entre avoirs extérieurs et engagements à vue) de l’ordre de 75%, et dépassant souvent 90% pour la Beac, bien au-delà des 20% requis par l’accord avec le Trésor français. C’est cette pratique que certains ont appelé une «servitude monétaire» volontaire.

Le cfa n’a plus d’avenir et il est temps d’examiner les alternatives politiquement faisables et si possible économiquement préférables au cfa. Là-dessus très peu de ce qui est «échangé» sur les médias (traditionnels et sociaux) contribue vraiment à réfléchir sur les options disponibles pour l’après cfa. En effet les analystes sont soit flous sur l’arrangement monétaire le plus désirable pour succéder au cfa, soit alors rejoignent implicitement les activistes, dans le rêve d’une monnaie unique ou commune dont le seul fondement serait le panafricanisme ou la solidarité régionale épurée de toute considération sordide d’économie politique.

Le problème est que les économies des pays de la zone, ne sont pas suffisamment harmonisées pour qu’une une seule politique monétaire puisse être efficace pour tous. Les pays membres sont à des niveaux très différents les uns des autres en termes de revenus (le Pib par habitant du Niger est inférieur au quart de celui de la Côte d’Ivoire, celui de la Guinée Equatoriale près de 15 fois celui du Tchad en 2017 selon les chiffres de la Banque Mondiale) et les économies nationales sont exposées fréquemment à des chocs exogènes différents. La monnaie unique peut ainsi être un carcan qui prive un pays de la possibilité d’une réponse appropriée et proportionnée à un choc exogène auquel il est confronté. Qui ne se souvient plus combien l’entrée du Nigeria en récession en 2016 a «plombé» la conjoncture du Niger et du Benin, mais n’a pas affecté le Sénégal ni la Côte d’Ivoire. De plus l’insertion des pays au commerce mondial basée partout sur l’exportation des produits primaires rend pratiquement sans intérêt le fait d’avoir une monnaie commune.

La question de savoir s’il n’est pas préférable pour chacun des pays d’avoir sa propre stratégie monétaire se pose donc avec d’autant plus de pertinence, que le cfa a servi différemment les intérêts des différents pays membres. Que ceux qui en doutent revoient les évaluations de l’impact de la dévaluation du franc cfa de 1994. De plus, même si l’on ne peut pas imputer à la seule politique monétaire tous les malheurs des pays utilisant cette monnaie, il est évident que le niveau des taux d’intérêts très élevés dans la zone est un frein aux investissements et donc à la croissance. La faible bancarisation des agents économiques et la faiblesse quantitative et qualitative du secteur financier peuvent contribuer à l’explication des taux d’intérêts prohibitifs, mais non servir de justification, puisque l’un des avantages de la stabilité monétaire, c’est précisément un financement conséquent de l’économie. Or la stabilité monétaire est le principal mérite du cfa qu’avancent ses défenseurs. Elle n’a donc pas servi à grand-chose ici.

La plupart des scenarios envisagés publiquement pour sortir du cfa supposent un avenir monétaire commun (ou conjoint) aux membres de la zone, soit par «un cfa sans compte d’opérations», soit par intégration à une monnaie de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’eco, pour les pays membres de l’Uemoa. Une revue, même rapide, de ces «portes de sortie» fait apparaître qu’elles ne corrigent pas parfaitement les problèmes économiques actuels du cfa.

Le cfa sans la France

La principale difficulté que rencontrera une monnaie commune -qu’elle soit unique ou pas- avec un taux de change flottant, sans compte d’opérations réside dans le déficit de crédibilité de la banque centrale. L’aptitude d’une institution indépendante, de surcroît supranationale, à prendre des décisions sans interférence des autorités politiques des pays membres est largement déterminée par la maturité des système institutionnels et le respect de l’État de droit par tous et chacun des pays membres. À l’exception du Sénégal, les pays de la zone sont tous des États fragiles, dont les gouvernements n’ont pas toujours la légitimité, l’autorité ou les capacités d’un État souverain normal. Leurs institutions sont fréquemment faibles et instables. La création d’une banque centrale commune indépendante dans ce contexte la rendrait vulnérable à la capture de ses instruments à des fin politiques. Qui ne souvient pas de la «réquisition» des agences locales de la Bceao en janvier 2011, par le président Laurent Gbagbo, alors englué dans une crise postélectorale sanglante, en désaccord avec le conseil des ministres de l’Uemoa, ayant reconnu la légitimité du gouvernement formé par Alassane Ouattara, vainqueur des élections présidentielles. Le gouverneur démissionnaire, nommé par le président Gbagbo, n’obéissait manifestement qu’à celui-ci et ignorait superbement les institutions de l’union monétaire. Le contexte politique de la zone grèvera donc la crédibilité de la banque centrale dès le départ. Sans crédibilité reconnue, aucune banque centrale ne peut mettre en œuvre une bonne politique monétaire, et celle-ci serait condamnée à répliquer les erreurs qui ont entraîné l’Argentine, l’Indonésie ou le Mexique dans de sérieuses crises financières et économiques. Par ailleurs, comme on l’a indiqué plus haut, les différences de niveau de revenu entre les pays, l’absence d’une politique budgétaire commune, les élasticités très différentes des offres d’exportation, rendent très improbable une politique monétaire et une politique de change qui soient efficace pour tous.

Une monnaie de la Cedeao

Dans le schéma qui semble faire consensus dans cette option, le système retenu pour la gestion des réserves de change est décentralisé. La Banque Centrale de la Cedeao, indépendante, gére la fraction nécessaire à ses interventions, chaque banque centrale nationale (ou sous-régionale, si les pays de l’Uemoa y entrent en groupe) conservant le reste pour ses transactions extérieures, un peu sur le modèle de la Banque Centrale Européenne. Cet arrangement présente l’avantage d’être compatible avec la coexistence d’une monnaie commune et de monnaies nationales. Après plusieurs reports, le calendrier retenu par les chefs d’États pour le lancement de l’eco, monnaie de la Cedeao, a établi une date butoir à 2020, de plus en plus difficilement tenable, ne serait-ce que pour des questions techniques de mise en oeuvre. Sur le fond, même les plus ardents défenseurs de l’intégration monétaire ouest africaine reconnaissent qu’en raison de la persistance des divergences structurelles, le véritable avantage de l’eco est une meilleure résistance aux chocs monétaires d’origine extérieure, et non une meilleure transmission de la politique monétaire au niveau national [4] de chaque pays. Il ne faut donc rien en attendre ou presque en termes de croissance et de lutte contre le chômage et la pauvreté, surtout pour les petits pays, faiblement contributeurs aux exportations de la région. Certains nourrissent l’espoir qu’une fois l’eco créé, la convergence suivra, comme si la persistance et même l’accentuation des divergences au sein de la zone Franc, après trois quarts de siècle de monnaie commune et unique, ne livrait aucun enseignement utile. L’instauration de l’eco, posera les mêmes problèmes de politique économique et d’économie politique que le franc cfa posait à l’échelle de l’Uemoa.

Une monnaie nationale pour chaque pays

Cette option rétablirait la pleine souveraineté monétaire de chaque État. Toutefois, même souveraine, la politique monétaire est un art qui a quelques règles contraignantes. Milton Friedman et ses apôtres monétaristes ont établi les principes de gestion monétaire permettant d’éviter les deux conséquences les plus nocives d’une politique monétaire mal adaptée : l’inflation et le chômage. Tirant les leçons d’expériences historiques les plus exemplaires, ils dégagent deux principes de gouvernance : l’indépendance des autorités monétaires pour gérer la monnaie d’une part, la nécessité d’équilibre entre des objectifs parfois mutuellement exclusifs, notamment la stabilité des prix, le plein emploi et, plus récemment, l’objectif de stabilité du système financier d’autre part. Paul Krugman, a montré ensuite qu’il est impossible de satisfaire trois des exigences de la politique monétaire contemporaine en même temps ; difficile et risqué de cibler deux de ces objectifs. En effet, la politique monétaire peut servir à : i) assurer la stabilité des prix et le plein emploi par le contrôle des taux d’intérêts nominaux [5], ii) fixer le taux de change de la devise avec une parité fixe par rapport à une monnaie (ou un panier de monnaies de réserves), et iii) permettre la libre circulation de la monnaie sans contrôle de capitaux. C’est la fameuse «trinité impossible». Ainsi, pour contrôler le taux d’intérêt sur les marchés de capitaux, un pays doit accepter que son taux de change fluctue en fonction du taux d’intérêt relatif et de son différentiel d’inflation par rapport au reste du monde.[6]. Essayer de maintenir un taux de change fixe et un taux d’intérêt optimal pour soutenir la croissance entraînera des réallocations de capitaux (à la recherche du meilleur rendement ajusté au risque), ce qui contrariera la défense d’un taux de change fixe.

À l’intérieur de ces limites, un pays même petit et doté de ressources limitées peut créer et gérer sa propre monnaie. C’est ce qu’a fait la Mauritanie en 1973, montrant ainsi que sortir du cfa pour une monnaie nationale n’est pas nécessairement une aventure sans lendemain. L’ouguiya s’est dépréciée de 300% par rapport au cfa depuis 1973, mais l’économie mauritanienne croît depuis plus de 15 ans à 5,5% de moyenne et la pauvreté baisse de 1% par an [7]. C’est faute d’avoir observé les principes de bonne gestion monétaire que le Mali, parti du cfa en 1962, a dû y revenir en 1984, avec un taux de dépréciation du franc malien de 50%.

II est clair cependant que tous les pays de la zone ne sont pas logés à la même enseigne face à l’option de créer une monnaie nationale, couplée ou non à une monnaie commune. La Côte d’Ivoire n’aura pas plus de difficulté que le Ghana voisin qui a sa monnaie depuis son indépendance. De plus, elle a une offre d’exportation certes constituée de produits agricoles primaires, mais qui a montré une élasticité certaine après la dévaluation du cfa. Une monnaie nationale ivoirienne est viable et préférable à une nouvelle aventure régionale. II semble du reste qu’il ait là-dessus un consensus au sein de l’élite du pays, par-delà les clivages politiques. Le Sénégal a l’avantage de disposer d’un État démocratique fonctionnel, ce qui est un atout considérable. Il offre une sécurité juridique qu’aucun autre pays ne le pourrait et dispose d’une signature respectable. De plus et de surcroît, le pays vient de découvrir du pétrole et du gaz. Le Sénégal pourrait donc créer et gérer sa monnaie sans le risque politique et dispose, plus qu’aucun autre pays de la région du capital humain et de la maturité administrative nécessaire. La Guinée Bissau aura sans doute intérêt, peut m-être avec la Gambie, à utiliser la monnaie sénégalaise. Le Burkina et le Mali, seraient bien avisés de s’aligner sur celle de la Côte d’Ivoire, pour au moins deux raisons : La faiblesse de leurs bases de ressources et la dépendance de leur commerce extérieur des infrastructures portières de la Côte d’Ivoire. Le Togo pourrait quant à lui rejoindre le cedi du Ghana, ou faire ce que fait jusqu’à présent la Gambie, même si la faiblesse et l’instabilité de ses institutions constitueront alors un défi de taille. Deux pays, le Niger et le Bénin, pourront difficilement échapper à l’utilisation de la naira, tant leurs économies, adossées à celle du géant Nigeria, en dépendent en raison d’un commerce transfrontalier, largement informel, mais qui en fait le premier partenaire commercial de chacun des pays. Un tel scenario est compatible avec une monnaie commune de la Cedeao. La question de la crédibilité de la banque centrale commune restant le principal défi.

Une dollarisation officielle

Pour conserver les avantages de la convertibilité sans limite et éviter le risque inflationniste de la tentation d’un excès de financement monétaire, chacun des pays peut sortir du cfa par une dollarisation officielle. Compte tenu du fait que les conditions idéales d’une banque centrale indépendante avec un taux de change flottant ne sont pas réunies, cette solution qui aurait pu être sous optimale dans des conditions idéales est supérieure dans le contexte réel des Pazf au statu quo ante, à la proposition d’une zone franc sans la France et peut-être même à l’Eco de la Cedeao, dans sa version monnaie unique. Le principal coût de la dollarisation, c’est l’abdication d’une politique monétaire autonome, ce qui a par ailleurs une valeur symbolique immense et de ce fait politiquement difficile pour un gouvernement de s’y engager. Mais du point de vue économique, la chose pourrait être plus que compensée par la stabilité monétaire (perdue en fermant le compte d’opérations), la disponibilité plus grande de capitaux en $ dans le monde, la facilitation de l’investissement direct étranger du fait de l’élimination de tout risque de change, la réduction du coût des transactions des échanges internationaux qui s’en suit et enfin l’attrait pour les banques étrangères de s’installer sur le marché domestique, la structure des coûts des opérations bancaires en dollar étant bien plus rentables. Enfin, la dollarisation supprime la responsabilité de gestion monétaire de la banque centrale qui peut alors se concentrer sur la régulation macro-prudentielle essentielle à des marches de crédit fonctionnels. Cette option est clairement la meilleure pour le Niger et le Benin par exemple, dans le cas d’un effondrement pur et simple du cfa, sans (ou avant) même la création d’une monnaie commune de la Cedeao, précipitant la région dans une multiplication de monnaies nationales. La «nairaisation» sans monnaie commune peut être une aventure désastreuse pour ces deux pays, le Niger rejoignant économiquement les états «périphériques» du Nord Nigeria, le Benin devenant juste un port d’appoint à Lagos. Dans une zone dollarisée, la banque centrale perd la capacité d’émettre des liquidités pour sauver des banques insolvables (cependant, cette fonction peut être assurée par des lignes de crédits en dollar garanties par une caisse d’assurance des dépôts). En contrepartie de ne plus pouvoir émettre des réserves, la banque centrale peut se concentrer sur la création des conditions pour que les banques d’affaires prêtent le maximum qu’il soit prudent de faire, réhabilitant ainsi le financement de l’économie par les banques et la prise de risque, qui sont l’essence même de l’activité banquière et qui font cruellement défaut dans l’Uemoa. Au surplus, Niamey et Cotonou, officiellement dollarisées attireront des dépôts nigérians, au lieu de se «nairaiser» par la force des choses.

La dollarisation n’a évidemment pas que des avantages car une économie dollarisée devient fortement susceptible aux changements de la politique monétaires des Etats Unis d’Amérique. Ainsi une appréciation des taux d’intérêts américains augmente les couts d’emprunt dans la zone dollarisée, et un renchérissement du dollar américain rend les biens et services produits dans un pays dollarisé plus chers. La question est de savoir si les risques associés à la gestion macroéconomique des Etats Unis sont moins importants ou au contraire plus élevés que les coûts actuels du taux de change fixe du cfa par rapport à l’euro qui grève la compétitivité des pays africains quand le cours de l’euro fluctue par rapport à celui du dollar américain.

Une dollarisation officieuse

Elle est possible aussi bien avec une monnaie commune (comme c’est le cas dans les Caraïbes) ou des monnaies nationales (comme c’est le cas en Rdc et au Zimbabwe). Les agents économiques utilisent le dollar américain de facto, sans nécessairement l’aval des autorités nationales -qui ferment les yeux- ni la coopération du Trésor américain. Elle s’est avérée efficace pour combattre l’inflation (en Rdc, au Zimbabwe ou au Liban par exemple), mais elle a les inconvénients de la double circulation monétaire (la monnaie nationale perdant de facto toute fonction de réserve de valeur). La dollarisation non officielle peut étouffer l’activité à cause de la pénurie de dollars que l’économie nationale pourrait être amenée à subir sous cette forme de dollarisation. Sans assez de devises pour répondre aux besoins réels de l’économie, beaucoup de transactions peuvent faire défaut faute de monnaie.

Conclusion

II y a, comme on l’a vu, plusieurs façons possibles de sortir du cfa. Pour nos différents pays, l’enjeu c’est de retrouver chacun sa souveraineté monétaire ou de continuer à l’échanger contre la convertibilité et la stabilité monétaire, même sans compte d’opérations auprès du trésor français. Mais il n’y a pas d’option qui dispense chaque pays d’une politique agressive et efficace de croissance économique, ce qui appelle, dans la plupart des pays, des réformes structurelles importantes. Rien n’exclut, à terme, une intégration économique régionale, basée sur les fondamentaux des économies nationales et non une «volonté politique» qui mettrait en réalité la charrue avant les bœufs.

____________________

[1] Kiari Liman-Tinguiri est économiste du développement et ancien fonctionnaire de l’Onu. Zacharie Liman-Tinguiri est analyste financier. II sont tous deux nigériens.

[2] Banque de France : Rapport annuel de la zone franc. 2016.

[3] Merdan Ngattaie-lam : Echanges commerciaux et intégration économique : le cas de la Cemac. Crost, Septembre 2015.

[4] Ferdinand Bakoup et Daniel Ndoye, « Pourquoi et quand instaurer une monnaie unique de la Cedeao», BAD, Bureau de l’économiste en chef, AEB, volume 7 no 1, 2016.

[5] Les taux d’intérêts nominaux représentent le taux d’intérêt brut que les créanciers exigent pour faire des prêts. Ceux-ci sont une fonction du taux d’intérêt réel, ou le loyer d’un emprunt, du taux anticipé de l’inflation, et la cote de risque des emprunteurs. La banque centrale peut contrôler les taux d’intérêts nominaux en contrôlant le taux d’intérêt auquel les banques peuvent emprunter auprès de la banque centrale.

[6] Le taux d’intérêt relatif mesure la différence entre le taux d’intérêt en devise nationale et ceux sur les marchés de capitaux en dollar américain ou en euros.

[7] Voir la note Wikipédia sur l’ouguiya.

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