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Uploadé le 1, décembre 2017 | by LIDER News

Regard de femme sur les relations Europe-Afrique

LIDER News | 1er décembre 2017


Depuis le Mozambique, où elle prend part, depuis le 28 novembre 2017, au 1er laboratoire d’idées du Groupe africain de réflexion et d’action féministe, la Conseillère exécutive du Président de LIDER, Nathalie Yamb, a partagé sa vision féminine des relations Europe- Afrique.

Mon regard, en tant que mère, sur les relations Europe-Afrique, est celui d’une femme révoltée. Révoltée de voir le peu de perspectives qui s’offrent à nos enfants, du fait de la mauvaise gouvernance des dirigeants africains, tolérée et même encouragée par l’Europe. Un système éducatif au rabais, un système sanitaire délabré, un système de retraite en faillite maintiennent les populations dans la pauvreté la plus criarde, poussant ceux que la misère ne tue pas, à l’exil et à l’exode, et faisant de la migration le meilleur remède anti-pauvreté que les familles africaines aient trouvé.

Mon regard, en tant que professionnelle, sur les relations Europe-Afrique, est celui d’une femme frustrée. Frustrée par le peu d’opportunités qui s’offrent aux jeunes entrepreneurs locaux de créer des emplois, car les marchés sont obstrués par des monopoles octroyés aux multinationales étrangères. En parallèle, les Etats africains, avec la bénédiction de l’Europe, continuent de produire un capital humain de mauvaise qualité, incapable d’être compétitif sur le marché de l’emploi dans le monde globalisé dans lequel nous vivons, et donc condamné à vivoter dans l’informel, à survivre dans la violence et le banditisme ou à chercher le bonheur et l’espoir ailleurs, en Europe.

Mon regard, en tant qu’actrice politique, sur les relations Europe-Afrique, est celui d’une femme excédée. Excédée par l’hypocrisie de l’Europe, qui fait semblant de ne pas savoir que l’aide publique au développement qu’elle envoie dans nos pays n’atteint jamais les populations, mais finit le plus souvent détournée, dans les comptes en banque des chefs d’Etat et membres des gouvernements africains. Une Europe qui ferme les yeux sur le rôle souvent nuisible que la France joue dans son pré-carré africain, en pérennisant la dépendance monétaire appauvrissante des pays de la zone franc cfa, et en maintenant au pouvoir des dirigeants illégitimes, corrompus et voleurs, mais qui ont l’avantage d’être des serviteurs empressés des intérêts français, tout en étouffant les aspirations de démocratie et de liberté d’une population constituée à 75% de jeunes de moins de 35 ans. Une Europe qui prétend avoir peur des flux de migrants, alors que ceux-ci ont non seulement une contribution significative à l’économie des contrées qui les accueillent (8,9% du PIB en Italie, par exemple), mais sont également une aubaine pour pallier le vieillissement et la fécondité déclinante des populations européennes. Elle veut se réserver le droit de sélectionner et de former les bras et les cerveaux dont elle a besoin, en laissant tous les autres sur le carreau, aux mains de passeurs esclavagistes et dans des centres de détention qu’elle finance, en Libye.

Alors, la relation Europe-Afrique est-elle vouée à être déséquilibrée, inégale et appauvrissante pour les populations africaines ? Je ne crois pas. Mais pour éviter l’explosion de violence qui se profile à l’horizon 2050, si les 800.000.000 de jeunes africains qui arriveront alors sur le marché de l’emploi ne trouvent pas de travail et l’espoir d’une vie meilleure, il faut que les deux parties fassent aujourd’hui des réformes courageuses.

Une possibilité, pour l’Europe, est de soutenir énergiquement les réformes institutionnelles permettant la tenue d’élections libres et transparentes (selon les standards internationaux) et l’émergence d’un nouveau leadership en Afrique, qui saura travailler dans l’intérêt des populations tout en jetant les bases d’un partenariat renégocié et gagnant-gagnant pour l’Afrique et l’Europe. L’autre consiste à mettre fin à toute aide et tout appui de l’Union européenne aux Etats d’Afrique, afin de mettre les dirigeants africains face à leurs responsabilités, ou face à la colère salvatrice de leurs peuples.

Toute est question de volonté politique et d’audace, des deux côtés de la Méditerranée. Quelle voie allons-nous choisir ?

Cet article est paru en original en anglais sur : http://www.fes-connect.org/people/a-womans-view-of-europe-africa-relations/ 

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