Liberté et Démocratie pour la République
Un engagement responsable au service du progrès social


Economie

Uploadé le 27, juillet 2017 | by LIDER News

Transports en Côte d’Ivoire: « Il n’y a pas de route après Katiola et le racket continue »

Evariste Kouadio | LIDER News | 27 juillet 2017


Le transport en commun interurbain est un maillon essentiel de l’économie ivoirienne. Il représenterait 7% du produit intérieur brut. Le parc automobile servant au transport en commun est évalué à 15 000 véhicules, constitué à 75 % de véhicules d’occasion. En outre, ce secteur d’activité est sujet à l’inorganisation depuis de nombreuses années. A cela s’ajoutent le coût monopolistique du carburant, les contraintes de la jungle fiscale ivoirienne, le contrôle policier et la dégradation avancée des voies sur l’espace de la gare d’Adjamé. Que faire ? L’idée d’une gare moderne, ailleurs, fait son chemin. Cela règle-t-il la problématique globale du transport routier en Côte d’Ivoire ? Liberté et Démocratie pour la République (LIDER) est allé à la rencontre de professionnels du transport par car en Côte d’Ivoire. (1ère partie)

Par un temps pluvieux, nous nous rendons à la gare routière d’Adjamé. L’endroit est impraticable, à la fois pour les piétons mais aussi pour les autocars. Des mastodontes qui arrivent de l’intérieur du pays, entrent et sortent difficilement de la gare routière. Il y a de gros embouteillages, des voies de circulation dégradées, de la boue à plusieurs endroits, mais aussi des tas d’immondices qui jonchent le sol et d’imposants camions qui déboulonnent dans tous les sens. Les canalisations qui bordent la principale artère sont complètement bouchées et obligent l’eau de ruissellement à couvrir la chaussée. Circuler dans la gare routière d’Adjamé constitue une véritable corvée.

Notre premier interlocuteur, S. Ouattara, est commercial dans une entreprise de transport desservant la ligne Abidjan-Ferkessédougou.

« Il n’y a pas de route après Katiola »

A la question de savoir ce qu’il pense du péage sur la voie express et l’impact que le coût du péage a sur la rentabilité de l’entreprise qui l’emploie, il se lance :

«Avec nos cars, nous payons 7.500 fcfa par voyage. Nous, on n’est pas contre le péage. Il faut dire que le péage routier existe dans beaucoup de pays proches de la Côte d’Ivoire ; mais ce sont les contraintes qui accompagnent le péage qui nous posent problème. On nous a dit que c’est le Fonds d’entretien routier (Fer) qui gère l’argent généré par le péage. Mais depuis que les pouvoirs publics ont commencé à exploiter le péage sur l’autoroute, les entreprises comme nous, qui desservons les régions au-delà de Bouaké, sont lésées. Il n’y a pas de route après Katiola. A chaque voyage dans cette zone, c’est des roues endommagées et parfois irrécupérables, alors qu’un pneu de car, c’est 350.000 fcfa. On ne demande pas forcément de nouvelles routes tout de suite, mais il faut améliorer celles qui existent.

Quand le contribuable paie les impôts, et le péage en est un, il s’attend à des services en retour, de la part de l’Etat. Mais pour le moment, nous ne voyons rien venir de ce côté-là. Par le mécanisme des impôts, c’est comme si nous confions notre argent à l’Etat en espérant que l’Etat va mieux investir notre argent pour nous aider. C’est l’Etat qui devrait faire les routes pour nous.

Si ça ne tenait qu’à moi, on installait un seul péage au niveau du kilomètre 103 ; comme ça, on paie une fois et un deuxième péage peut-être après Bouaké. Actuellement, tous les deux péages sont ici dans le sud du pays, nous payons tous quand on passe. Mais nous qui exploitons la zone du nord, on ne sait pas si l’argent du péage sert à quelque chose. Peut-être que s’il y avait un péage après Bouaké, l’Etat allait utiliser les recettes de là-bas pour arranger les routes de là-bas.

Et puis, quand vous arrivez au Mali, le péage se paie par région. Quand vous sortez d’une région pour aller dans une autre, vous payez à l’entrée, puis vous ne payez plus le même jour. A la sortie, vous présentez le ticket qu’on vous a délivré le matin. Si vous y restez plusieurs jours, vous payez en sortant de la région mais jamais deux tickets différents le même jour. Au Sénégal, on parle d’un  passavant qui vous est délivré à la frontière et il est valable pour 15 jours. Si vous y restez au-delà de 15 jours, vous vous rendez à la Sûreté pour renouveler votre passavant. On peut citer également le Ghana et le Burkina Faso, où les coûts du péage ne sont pas aussi élevés qu’en Côte d’Ivoire.»

Interrogé sur le prix du carburant, S. Ouattara répond :

«Le carburant que nous utilisons est aujourd’hui à 570 fcfa le litre. Malgré des efforts faits par les pouvoirs publics, le carburant est encore trop cher et cela ne nous facilite pas la tâche. Figurez-vous qu’un car de 69 places chargé, rapporte à l’entreprise 480.000 fcfa. Quand les frais du carburant dépassent 1/3 des recettes, les difficultés commencent, sans compter les salaires du personnel, l’entretien des véhicules et leur amortissement auprès des banques. Il est clair que les multiples impôts impactent négativement la rentabilité de nos entreprises. Nous devons payer la carte de stationnement à 50.000 fcfa par véhicule et par an. La patente à 250.0000 fcfa/an, l’assurance à 400.000 fcfa. Nos entreprises s’en sortent difficilement. Ce n’est pas étonnant que le personnel qui travaille dans le transport terrestre est mal payé et jamais déclaré à la Cnps, même au bout de 15 ans d’activité. Les patrons ont du mal à les déclarer.»

Quand nous avons voulu aborder le contrôle des forces de l’ordre sur les véhicules, notre interlocuteur s’est voulu catégorique :

«Ne vous fatiguez pas, monsieur, contrôle des agents de police, des gendarmes sur la route, ça ne peut pas finir en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui encore, les transporteurs y mettent trop d’argent, mais on va faire comment ?! Si on ne paie pas, le trafic est retardé par les agents. Il faut payer ! Les gens ne veulent pas qu’on parle de racket, mais ça continue.»

(Fin de la 1ère partie)

Tags: , , , ,



Comments are closed.

Back to Top ↑
  • LIDER TV

  • Evénements

  • S’abonner à la Newsletter



  • Toi aussi deviens fan

  • Actualité sur twitter


  • Connexion

loading