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Uploadé le 25, juin 2020 | by LIDER News

Nathalie Yamb (LIDER) au Global Impact Summit: « Voici la feuille de route pour la souveraineté africaine post Covid-19 »

LIDER News | 24 juin 2020


Traduction intégrale en français de l’intervention de la Conseillère Exécutive du Prof. Mamadou Koulibaly (candidat de LIDER à la présidentielle ivoirienne de 2020) lors du COVID-19 Global Impact Digital Summit organisé par le Forum des BRICS, qui s’est tenu du 15 au 20 juin 2020 (vidéo: https://youtu.be/y0dOXODoEXo)


Bonjour.

Le COVID-19 voit une réaffirmation de la compétition internationale qui avait déjà commencé avant l’apparition de la pandémie. Les grands pays se battent pour se repositionner. On est dans la situation décrite par Thucydide dans La guerre du Péloponnèse qui, voit la volonté hégémonique d’une puissance dominante déclencher des affrontements avec une puissance montante, ce qui conduit à deux issues : soit la puissance établie fait de la place à la puissance émergente par la négociation, soit c’est la guerre.

Face à ce piège, quelle devrait être la posture des pays Africains ? Est-ce qu’ils ont intérêt à choisir un camp, comme dans la période de la guerre froide, quand ils se proclamaient «non alignés» mais en étant quand même factuellement alignés sur un bloc ou sur l’autre (on se souvient que Houphouët-Boigny était aligné sur Kennedy et Sekou Touré sur Khrouchtchev) ; ou bien alors est-ce qu’ils ont plutôt intérêt à s’ouvrir à tous les camps pour optimiser ce qui est bon pour eux, sachant que ce choix aura des conséquences économiques, financières, sociales et géopolitiques.

Enjeux industriels et commerciaux

En plus de la crise sanitaire que l’on connait, le COVID, dans les pays développés, a suscité un tollé dans les opinions, qui se sont étonnées que leurs pays n’ont pas eu la capacité de fabriquer des choses aussi simples que des masques, gants, respirateurs, écouvillons, antibiotiques etc. et que ce soit un plan Marshall à la chinoise qui ait été mis en place pour les aider et les sauver eux, les grands pays.

Autre constat intéressant : Quand, lors de la campagne présidentielle américaine en 2016, Donald Trump disait « America first », il se faisait moquer et insulter par ses adversaires et les Européens, qui récusaient ce qu’ils appelaient un discours rétrograde et protectionniste. Aujourd’hui, avec COVID-19, tout le monde lui donne raison. On a vu les pays européens se voler des masques, kidnapper des appareils respiratoires et des médicaments, chacun disant «moi d’abord, mon pays first».

Le monde, depuis la fin de la guerre froide jusqu’à nos jours, a été caractérisé par des flux commerciaux intenses : Avant COVID, la doctrine d’Adam Smith nous disait que le commerce enrichit, qu’il fallait faire ce dans quoi on est le plus doué chez soi, laisser les autres faire ce dans quoi ils sont le plus doués chez eux, et ensuite échanger, comme ça chacun gagne. Plus vous commercez avec les autres, plus vous êtes riches.

Dans cette optique, l’étranger est perçu comme une chance. Mais certains pays commencent à dire que c’est une chance, certes, mais une qu’il leur faut maitriser, car l’étranger ou le partenaire peut aussi être un adversaire ou un ennemi, comme COVID l’a démontré brutalement.

Que ce soit l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre etc., chacun parle aujourd’hui de relocaliser chez lui les industries basées à l’étranger, pour qu’à l’avenir, en cas d’une nouvelle catastrophe ou pandémie comme celle au coronavirus, ils n’aient plus à dépendre de quelqu’un.

Mais si les industries européennes ou américaines se relocalisent sur leurs territoires, que va-t-il advenir de celles qui sont installées en Afrique, l’Afrique n’ayant pas d’industries à relocaliser chez elle, mais cherchant plutôt à bénéficier de la délocalisation des industries étrangères ?  Est-ce que les multinationales installées en Afrique vont à l’avenir fermer boutique pour aller produire en Occident ? L’occasion n’est-elle pas donnée aux pays africains de nationaliser les sociétés implantées sur le continent, car ils n’ont pas plus envie de dépendre de l’étranger et de son bon vouloir?

L’Afrique a souvent eu l’occasion d’expérimenter les méfaits de cette dépendance: les populations ivoiriennes peuvent en témoigner lorsque la France a décrété l’embargo sur les médicaments ou que les banques françaises ont fermé du jour au lendemain, kidnappant les avoirs de leurs clients ivoiriens, lors de la crise post-électorale de 2010. 

Puisque le nouveau paradigme post-COVID reconnait maintenant que la dépendance est un élément de faiblesses des économies, les Africains doivent profiter de cette rhétorique pour dire qu’il est trop dangereux que le prix, la quantité, la qualité des ressources naturelles dont regorgent leurs sol et sous-sols dépendent des autres pays. Ils ne doivent contracter de partenariats qu’avec des gens qui sont capables de fabriquer le produit fini sur place en Afrique pour le vendre au monde.

La Côte d’Ivoire et le Ghana, vont-ils par exemple informer l’Occident que dorénavant, le cacao ne sera plus exporté, mais que les entreprises qui souhaitent avoir du chocolat pour leurs clients en Occident devront ouvrir des usines sur place, pour produire du chocolat à Azaguié et à Accra, et vendre le produit fabriqué en Afrique aux Européens? Plutôt que d’exporter des billes de bois ou du bois débité qui seront ensuite transformés ailleurs pour être vendus, on fabrique les meubles Ikea à Libreville et Dakar. Le café, on fabrique au Burundi et au Rwanda et on vend à Dallas ou Moscou. Vous voulez du fer ou du cobalt ? On crée l’industrie sidérurgique à Bamako et les usines de batteries à Lubumbashi. Le pétrole, on pompe et on raffine à Kaduna, Luanda et Limbe et puis on vend au monde. En cas de crise, on a le produit fini sur place.

Souveraineté monétaire

Depuis la crise financière de 2008, le dollar et l’euro avaient de gros soucis, qui n’ont pas été résolus par le Quantitative Easing. L’apparition du COVID 19 a vu la rupture de solidarité au sein de l’Europe, et même en ce qui concerne les mesures de soutien à l’économie européenne à la suite de la pandémie, on note des dissensions notables au sein de la zone euro, avec d’un côté les pays partisans de l’émission de coronabonds, comme la France, l’Italie, l’Espagne etc., et de l’autre ceux pour qui la mutualisation des dettes est inenvisageable, comme l’Autriche, les Pays Bas etc. Pendant ce temps, la Chine et la Russie travaillent depuis longtemps à leur schéma de financement. 

Les pays africains sauront-ils profiter des conséquences financières et monétaires de la crise du COVID 19 pour prendre le contrôle de leur monnaie, de leurs banques centrales, de leurs marchés financiers, des flux qui arrivent, des taux d’intérêt, des taux de change ou bien vont-ils laisser cela continuer d’être défini au hasard des crises et des désiderata de la France, de l’Europe, des Usa ou de la la Chine ? Les marchés financiers se recentrant sur les économies nationales, cela ne donne-t-il pas une occasion aux pays africains de travailler à leur intégration monétaire, et créer leur Wall Street, leur City ? N’est-il pas temps d’accélérer la rupture avec le colon et la fin du franc cfa, en tirant les leçons de l’échec de la zone Euro, et en privilégiant l’option de la monnaie commune plutôt que celle de la monnaie unique au sein de la Cedeao et de la Ceeac ? Les dirigeants sauront-ils abandonné l’option avilissante et improductive de la demande de rééchelonnement ou d’annulation des dettes pour exiger la mise en application du plan de la BAD – Global Financial Integrity 2013 de lutte contre la corruption et la fuite illicite des capitaux?

Plan agricole

A l’heure du COVID, mûs par leur reflexe de toujours copier ce que font les autres, les dirigeants africains se sont retrouvés à décréter des confinements/couvre-feu et à promettre apporter de l’aide aux populations les plus vulnérables de leurs pays respectifs, qui sont généralement les paysans. Mais en Afrique, il n’y a rien du système social qui a permis aux Etats occidentaux et asiatiques de mieux gérer cet aspect de la crise. On s’est contenté de distribuer du riz et de l’huile, mais personne ne se demande ce que les gens mangent, depuis qu’on leur a donné 3 kg de riz et un bidon d’huile en avril pour une crise qui a démarré en mars et se poursuit à ce jour ?

Le COVID devrait pouvoir nous amener à nous interroger sur notre capacité à améliorer le système de production agricole pour que même lorsque les ports, les aéroports et les frontières sont fermés sur une longue durée, que le commerce international est arrêté, on n’ait pas de rupture de fourniture en nourriture et produits de première nécessité. Si les pays agricoles comme les nôtres avaient développé la production de riz, de banane, de manioc, de maïs, d’igname, de produits que l’on consomme nous-mêmes, on serait moins soumis aux diktats de l’étranger.

Pour cela, il est urgent de procéder à la réforme du foncier : audiences foraines, distribution gratuite des titres fonciers aux populations, création d’associations et de bourses des valeurs, de place financière etc.

Conclusion

En conclusion, au lieu de tomber dans le piège de la guerre froide, où il fallait être pro américain ou pro russe, il est à souhaiter que les populations africaines aient enfin compris qu’avec COVID-19, on a juste besoin d’être pro nous-mêmes et de profiter des opportunités que les uns et les autres ont à nous offrir. Il est temps que les peuples africains imposent, dans les urnes ou dans la rue, des dirigeants politiques qui ont la volonté de conquérir cette souveraineté qui conduira au progrès social sur le continent, en :

  • Mettant fin à l’emprisonnement dans un commerce international inéquitable en raison des accords insensés que nos dirigeants passés et actuels ont signé (Acp, Ape, Omc, franc Cfa etc.) ;
  • Mettant fin à l’économie de rente extravertie et inopérante pour nos besoins réels ;
  • Mettant fin au manque de coopération au sein de la Cedeao et de la Ceeac, qui est pourtant notre nouvel horizon si nous voulons sortir du face-à-face appauvrissant, aliénant et hostile avec la France et les autres puissances coloniales.

Merci.

Nathalie Yamb
Conseillère Exécutive de Mamadou Koulibaly
Membre du Cabinet de LIDER

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